Écophyto 2030 : Pour les céréaliers français, des avancées louables …Mais des problèmes de fond qui demeurent

Les nouvelles orientations de la Stratégie Écophyto 2030, présentées hier par les ministres Marc Fesneau, Agnès Pannier-Runacher et Christophe Béchu, comportent des premières mesures concrètes pour les céréaliers français. Si celles-ci répondent en partie aux revendications majeures proposées et défendues par l’Association Générale des Producteurs de Blé et autre céréales (AGPB), la compétitivité des céréaliers reste la grande absente de cette nouvelle équation.

 

« Le changement de cap opéré par le gouvernement pour repenser la stratégie Ecophyto 2030 démontre que les réalités du terrain que nous défendons sans relâche depuis des mois auprès des pouvoir publics, commencent enfin à être prises en compte » souligne Eric Thirouin, président de l’AGPB qui salue un changement de logiciel à confirmer dans les mois à venir.

 

  • Des propositions des céréaliers prises en compte

Les pouvoirs publics intègrent donc pour la première fois dans le plan, la logique « pas d’interdiction sans solution ». L’autre mesure de bon sens, portée de longue date par l’AGPB, figure désormais dans le texte : ne pas concentrer les indicateurs sur les volumes des produits mais sur leur nocivité.

Le HRI-1 européen remplace donc le NODU : « C’est un signal vraiment encourageant pour éviter les surtranspositions franco-françaises qui fragilisent notre compétitivité » rappelle Eric Thirouin. Pour les céréaliers de France, cette mesure est en cohérence avec la réalité agronomique des exploitations et les efforts consentis depuis plus de deux décennies : 47% de réduction des produits phytosanitaires en quantité de substance active (QSA) depuis 2000, sans oublier une baisse de 98% sur les produits classés CMR.

L’abandon de la création de nouveaux zonages ainsi que le renoncement à la plateforme Phytosignal, vécue sur le terrain comme un véritable outil de délation et de stigmatisation des agriculteurs, figurent également au rang des avancées notables saluées par l’AGPB.

 

  • Des questions qui demeurent en suspens

Néanmoins, l’AGPB portera la plus grande attention à la cohérence du pilotage du plan ecophyto 2030 car celui-ci comporte à ce jour, de nombreuses incertitudes à lever pour réellement prendre en compte les facteurs agronomiques et économiques des exploitations.

Eric Thirouin averti : « Si nous sommes résolus à prendre nos responsabilités pour faire de ce plan une réussite, son succès ne peut pas uniquement reposer sur les filières. Nous attendons donc que chacun prenne ses responsabilités en conscience : notre compétitivité doit être intégrée comme un préalable essentiel à la réussite des transitions. Sans compétitivité, pas de durabilité pour les agriculteurs ! C’est l’état d’esprit qui doit non seulement guider ce plan, mais aussi toutes les futures orientations politiques tant au niveau national qu’européen, aujourd’hui nous en sommes encore loin »

Alors que le gouvernement affiche sa volonté de mettre l’innovation au cœur de la transformation agroécologique, le président de l’AGPB rappelle également que les céréaliers sont déjà à l’œuvre depuis des années : « En collaboration avec les instituts techniques nous sommes déjà au cœur de la recherche et du développement pour des solutions alternatives réellement efficientes. Les résultats démontrent aujourd’hui qu’il n’existe, pour l’instant, pas de solution miracle mais plutôt un ensemble de leviers complémentaires à utiliser : la robotique, les produits phytosanitaires de synthèse, les solutions de biocontrôle, l’innovation variétale … »

Pour l’AGPB, cette approche combinatoire appelle, là encore, une meilleure compétitivité et des investissements massifs afin que la volonté politique exprimée actuellement avec Ecophyto 2030, se confirme sur le temps long.

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