

| Organisation du marché céréalier
Organisation commune de marché dans le secteur des céréales:
synthèse de l'évaluation réalisée par le Cabinet de
consultants LMC International à la demande de la Commission européenne |
Dans l'Union européenne, l'évaluation des résultats
des politiques communes est une obligation de la Commission vis-à-vis du
Conseil des Ministres et du Parlement de Strasbourg. Dans ce cadre, un appel d'offre
a été ouvert par la DG Agriculture en vue de l'évaluation
de l'OCM Céréales. Il a été remporté par la
société anglo-américaine LMC International.Les conclusions
de l'étude réalisée par LMC sont résumées ci-dessous,
partie par partie. Suivent les commentaires de l'AGPB sur ces conclusions. I
- Conclusions de l'évaluation
1- Le revenu
des producteurs de céréales 1.1. L'équité
et la stabilité du revenu des producteurs - la politique menée
a été équitable puisque le revenu des producteurs de céréales
a été du même niveau que celui des autres producteurs. Les
plus grandes exploitations ont toutefois obtenu le revenu par travailleur le plus
élevé. - des effets inattendus se sont produits : hausse de
la rente foncière, déplacements des cultures vers le maïs et
l'irrigation, ralentissement de la restructuration. 1.2. Dépendance
des producteurs envers les paiements directs
- dans la moitié des
cas les paiements directs couvrent la totalité du revenu net des céréaliers.
-
la dépendance des producteurs aux aides est excessive, spécialement
en blé dur. 1.3. Structures de production agricole - les plus
petites exploitations et les plus grandes ont accru leur part de marché,
au détriment des moyennes, pénalisées par la jachère
obligatoire. - les activités à temps partiel se sont développées
pour compléter le revenu. - les plans de régionalisation ont
encouragé les producteurs à passer à des productions irriguées,
au paiement direct plus élevé. 2- L'équilibre
du marché et la stabilité des prix 2.1. la quantité
et la qualité des céréales produites se sont adaptées
aux signaux du marché : la compétitivité des céréales
a favorisé leur très forte utilisation en alimentation animale aux
dépens des autres matières premières. 2.2. Concernant
les productions : - la réduction de l'aide oléagineux au niveau
de l'aide céréales a fait baisser les surfaces d'oléagineux.
- prix d'intervention et protection aux frontières ont soutenu la
production de seigle. - la jachère obligatoire a eu moins d'effets
que prévu, car elle s'est concentrée sur des terres marginales. 2.3.
L'intensification de la production céréalière a été
ralentie grâce à la baisse des prix, sauf en ce qui concerne le maïs,
notamment en Espagne. 3 - Compétitivité des céréales 3.1.
Effet des prix institutionnels sur la demande - en alimentation animale,
les céréales ont regagné des parts de marché. -
l'industrie de l'amidon a connu une expansion remarquable. - la production
d'éthanol se développe, moins rapidement toutefois que celle de
biodiesel, en raison de la réglementation et de la structure du marché
des carburants dans l'Union européenne. - toutefois, l'amélioration
de la compétitivité par rapport au marché mondial a été
insuffisante, même si elle s'est traduite par une nette diminution de la
charge budgétaire à l'exportation et de la protection aux frontières. 3.2.
Concurrence sur les marchés - les majorations mensuelles ont été
trop élevées et ont provoqué de la rétention de marchandises. -
l'instabilité des prix s'est accentuée, accélérant
les concentrations au niveau du commerce. 3.3. L'OCM a offert une stabilité
des prix sur le marché intérieur plus forte que celle du marché
mondial. 3.4. Les coûts de transport ont segmenté le marché
communautaire - le marché à 15 fonctionne efficacement. -
depuis l'élargissement à 25, le prix d'intervention unique pour
l'UE crée une barrière à cette efficacité. De même,
un prix d'intervention unique pour toutes les céréales crée
également des rigidités. 3.5. Evolution de la consommation
des céréales dans l'UE - l'accroissement de l'utilisation
de céréales en alimentation animale grâce à des prix
plus bas n'a pas entraîné une augmentation de la production ou de
la consommation de produits carnés (volailles et porc). - les effets
positifs sur la production d'amidon et de bioéthanol sont nets. 3.6.
Compétitivité sur le marché mondial - la part de marché
des céréales européennes sur le mondial a eu tendance à
diminuer, alors que la part de production exportée demeurait stable. -
l'OCM a permis de tenir les engagements de restriction de subventions à
l'exportation pris à l'OMC (Uruguay round). - L'origine Mer Noire
bénéficie d'avantages comparatifs lui permettant une forte compétitivité
face à la production de l'UE. 4 - Efficacité
et coût des mesures de l'OCM 4.1. Effets d'aubaine et effets
contraires - certains Etats-membres ont surestimé les surfaces de
base et n'ont donc pas réduit leur production malgré la jachère. -
la production de seigle a été encouragée et a coûté
extrêmement cher à exporter. - alors que l'OCM montre une efficacité
certaine pour assurer le revenu de l'ensemble des producteurs de céréales,
les revenus des exploitations les plus grandes dépassent les revenus des
entrepreneurs non agricoles. - les prix moyens des baux fonciers des exploitations
céréalières ont augmenté. - la jachère
obligatoire a été indemnisée à plein tarif sur des
terres à faible rendement. Elle a porté également sur des
terres qui auraient été abandonnées en l'absence d'aides.
Ce sont les producteurs céréaliers hors de l'UE et le Gouvernement
des USA qui ont été les principaux bénéficiaires de
la jachère européenne. 4.2. Efficacité du système
d'intervention - la gestion des stocks d'intervention de blé et d'orge
a été efficace. Ce n'est pas le cas du seigle. - avec l'élargissement,
le système d'intervention n'est pas durable. 5 - Conclusion
générale et recommandations 5.1. La revue à
mi-parcours d'Agenda 2000 a résolu de nombreux problèmes, mais l'élargissement
en a fait surgir de nouveaux. 5.2. Le soutien au marché intérieur
doit favoriser l'utilisation des céréales européennes au
moindre coût par transfert entre zones excédentaires et déficitaires.
L'intervention doit en conséquence être limitée à l'Espagne
et au Portugal, et réservée au seul blé tendre panifiable.
Les autres céréales trouveront leur prix relatif par rapport au
blé par les équilibres de marché dans les régions. 5.3.
Le tarif douanier doit être ajusté aux changements de l'intervention. 5.4.
Les instruments de gestion des stocks d'intervention doivent être élargis
au stockage privé. 5.5. Les Paiements Uniques ont hérité
des défauts des plans de régionalisation. Des évolutions
modérées doivent être envisagées.
5.6. L'efficacité
du système de jachère s'est considérablement réduite.
C'est même une source majeure d'inefficacité. La jachère doit
être supprimée. II -
Commentaires de l'AGPB
a) L'AGPB relève la citation de
SHAKESPEARE mise en exergue au début de l'étude par ses auteurs
:
" S'il était aussi facile de faire que
de savoir ce qu'il faut faire, les
chapelles seraient des cathédrales et
les chaumières des pauvres gens des palais de princes "
W.
Shakespeare, Le Marchand de Venise, acte 1, scène 2. b) De ce
travail, l'AGPB veut retenir et faire savoir que la politique mise en œuvre dans
le secteur des céréales a atteint les objectifs qui lui étaient
fixés. C'est donc une réussite. c) La majorité des
critiques qu'il contient porte sur les conséquences de l'élargissement.
Si le constat de l'accumulation des stocks en Hongrie est incontestable, le diagnostic
est faux puisque cette situation est due au manque de moyens logistiques et non
au fonctionnement de l'OCM. Il est illusoire de croire que les problèmes
des 25 vont être résolus en cassant un système d'intervention
et de stockage public qui fonctionne efficacement chez les 15. La nouvelle réforme
n'en est qu'à sa première année d'application, il est nécessaire
de prendre un peu de recul avant de tout remettre en cause. d) Pour mémoire,
voir également le communiqué commun AGPB/AGPM/FFCAT
du 7 avril 2006 e) Stockage privé : exemple de fonctionnement dans
le secteur des viandes et du lait : - l'opération de stockage privé
se déclenche en cas de crise, - le déclenchement n'est pas automatique
; c'est à l'initiative de la Commission, donc pas toujours au bon moment, -
elle ouvre un appel d'offre avec cahier des charges. Les conditions de prix et
de durée varient d'une crise à l'autre. Il y a un règlement
par opération, - il y a de plus en plus souvent adjudication au moins
offrant dans le respect du cahier des charges, - un contrat d'aide au stockage
privé est passé entre l'organisme public et chacun des opérateurs
privés, - la durée minimum est de trois mois, avec reconduction
possible de mois en mois, jamais au dessus de 7 mois en viande, 6 mois pour les
fromages, - la marchandise reste la propriété de l'opérateur,
ce qui le responsabilise. Il peut vendre quand il veut au cours du contrat après
une période minimum spécifiée pour chaque opération
(2 mois dans l'exemple des fromages), - les frais techniques de conditionnement
et de stockage plus une partie des frais financiers sont pris en charge par Bruxelles, -
la marchandise se retrouve sur le marché en fin de contrat quelles que
soient les conditions de prix du marché à ce moment là. Cela
signifie qu'il ne faut pas démarrer le stockage privé en début
de crise, car on est alors certain de retrouver la marchandise dans la seconde
opération de stockage privé ! - compte tenu des conditions imposées
aux opérateurs (caution, entre autres), seuls les plus efficaces répondent
aux appels d'offre. Le stockage privé n'est pas pour tout le monde, -
certaines entreprises transformant les produits en profitent pour passer une partie
de leur stock outil dans le stockage privé : quel effet sur le marché
et sur les prix ?
[AGPB
- 24 avril 2006]
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