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OMC
Négociations agricoles à l'OMC : les choix stratégiques de l'AGPB et de l'AGPM |
Le processus de négociations agricoles à
l'Organisation mondiale du commerce (OMC) est
enclenché. Les propositions de négociation des
pays membres doivent être déposées avant la fin
de cette année.
L'AGPB et l'AGPM rappellent que Agenda 2000 :
· a conforté les organisations de marché et leurs
instruments et doit permettre à l'Union européenne
de jouer un rôle sur la scène internationale en
matière de sécurité alimentaire ;
· a permis de mieux prendre en compte le rôle spécifique
de l'agriculture en tant que fournisseur de "
valeurs non marchandes ", notamment par sa
contribution au développement rural et à la
protection de l'environnement ;
· procure à la PAC des marges de manœuvre pour
les négociations à l'OMC qui doivent être
pleinement utilisées.
L'AGPB et l'AGPM estiment que les préoccupations
non marchandes y compris les questions de sûreté
alimentaire doivent être intégrées dans les négociations
agricoles mais qu'elles ne doivent pas être négociées
contre des concessions injustifiées sur les trois
volets traditionnels de l'accord.
C'est pourquoi, l'AGPB et l'AGPM font les demandes
suivantes :
I. L'accès au marché (annexe
1)
Le maintien d'une réelle préférence communautaire
constitue pour l'agriculture européenne, notamment
pour le secteur des céréales, un enjeu essentiel
de la négociation.
· Supprimer la " clause des 155 % " et
revenir aux droits de douane consolidés
- Agenda 2000 réduit de 15 % le
prix d'intervention des céréales, ce qui provoque
mécaniquement une baisse de la protection
communautaire par l'application de la " clause
des 155 % " incluse dans l'Accord sur
l'agriculture signé à Marrakech. Cette clause prévoit
en effet que le prix d'entrée des céréales importées
dans la Communauté ne peut pas être supérieur à
155 % du prix d'intervention. La diminution de la préférence
communautaire qui en résulte n'a donné lieu à
aucune compensation de la part de nos partenaires,
ni à aucun crédit pour les nouvelles négociations.
C'est pourquoi nous demandons l'abrogation de la
clause des 155 % pour revenir à l'application des
droits de douane consolidés.
- Cette revendication est d'autant
plus justifiée que la préférence communautaire
est déjà largement écornée, voire quasiment
inexistante pour les blés de qualité, compte tenu
du mode de calcul des droits d'entrée.
- Poursuivre la diminution des
droits d'entrée augmenterait la pénétration des
blés en provenance du marché mondial,
contraignant l'Europe, soit à pratiquer massivement
la jachère, soit à augmenter ses exportations
à due concurrence. Plus grave, cela reviendrait à
offrir au maïs américain une partie, voire la
totalité du marché de l'alimentation animale européenne
: 20 millions d'hectares en Europe, 5 millions en
France ne trouveraient pas d'utilisation.
· Ne pas accroître le volume des contingents
tarifaires sans contrepartie pour nos exportations.
- Le taux de remplissage des
contingents communautaires est de 74% entre 1995
et1997 contre seulement 58% en moyenne pour les
pays membres de l'OMC et 54% pour les Etats-Unis.
· La clause de sauvegarde doit être prorogée.
- Cette clause permet de protéger
le marché communautaire des fluctuations excessives
du marché mondial, notamment des variations de
prix d'origine monétaire.
· Renforcer la cohérence entre les disciplines
applicables aux trois volets traditionnels de la négociation
: accès au marché, concurrence à l'exportation et
soutien interne.
- Subordonner les concessions à
l'accès à l'imposition de disciplines adéquates
sur les aides internes qui contribuent à déprimer
les prix de marché avec deux conséquences : un
risque de réduction de la préférence
communautaire et des barrières pour nos
exportations.
II. La concurrence à l'exportation
Le haro sur les restitutions communautaires à
l'exportation est injustifié, car beaucoup d'autres
instruments de soutien - aides à l'exportation ou
subventions à la production - ont des effets
comparables sur les mar chés.
·Toutes les autres formes de soutien à
l'exportation doivent être soumises à discipline
à l'OMC.
- Les crédits et les garanties de crédit à l'exportation
(annexe 2), qui aujourd'hui
ne sont assujetties à aucune contrainte à l'OMC, couvrent une
part de plus en plus importante des échanges (15 % des exportations
américaines de blé). Les discussions actuellement en cours à l'OCDE
doivent aboutir rapidement pour que l'accord conclu puisse être
intégré dans les négociations à l'OMC et pour que les disciplines
imposées à ces mesures soient identiques à celles instaurées sur
les restitutions à l'exportation.
- Les programmes d'aide alimentaire (annexe
3), légitimes dans leur principe, sont dévoyés lorsqu'ils
sont utilisés pour écouler les excédents agricoles ou promouvoir
les exportations. C'est précisément ce qui s'est passé ces dernières
années : un cinquième des exportations américaines de blé sont
passées par ce canal. Il faut donc définir plus exactement les
conditions d'octroi de l'aide alimentaire, afin d'éviter qu'elle
soit utilisée pour des motifs commerciaux.
- Les entreprises commerciales d'Etat (annexe
4) sont l'une des armes favorites des pays du Groupe de
Cairns. Elles contrôlent environ 40 % du commerce mondial du blé.
Les pratiques commerciales de ces entreprises (monopole à l'exportation,
discrimination de prix, péréquation des prix payés aux producteurs…)
ont des effets comparables à des subventions à l'exportation et
doivent donc être disciplinées en conséquence.
· Les règles de l'OMC doivent prendre en compte
le fait que certaines formes de soutien interne ont
des effets aussi distorsifs que ceux des
restitutions à l'exportation.
- En théorie, les subventions à l'exportation
ont un effet plus " distorsif " que les aides à la production.
Dans la pratique, toutefois, les distorsions causées par les restitutions
européennes peuvent être très proches de celles causées par les
aides américaines de " marketing loan "(annexe
5). Cela s'explique par la faible élasticité de la demande
de produits agricoles (annexe
6). Selon une étude réalisée pour Céréaliers de France,
la distorsion imputable aux restitutions communautaires dans le
secteur céréalier est supérieure de 10 % seulement à celle qu'entraînerait
- à budget égal - des subventions de type marketing loan.
- Compte tenu de cette analyse,
les disciplines imposées aux restitutions à
l'exportation ne doivent pas être plus drastiques
que celles imposées aux aides de marketing loan.
· Dans ces conditions, la demande, faite par les
Etats-Unis et le Groupe de Cairns, d'abolir les
subventions à l'exportation est injustifiable et
doit être combattue avec force.
- Le principe du recours aux
subventions à l'exportation doit être impérativement
maintenu.
III. Le soutien interne
Les disciplines actuelles sur le soutien interne à
l'OMC sont inadéquates et défavorables à l'Union
européenne parce qu'elles ne reflètent pas le
pouvoir réel de distorsion des différentes aides.
· Le prix d'intervention et les aides de marketing loan sont
classées dans la " boîte orange " de l'Accord sur l'agriculture
et sont donc subordonnés aux mêmes contraintes, alors qu'ils n'ont
pas le même impact sur les échanges (annexe
7).
- Le prix d'intervention n'a pas,
en tant que tel, d'impact sur la production et les
échanges. Les distorsions dues au système de
soutien communautaire sont imputables aux mesures
aux frontières (protections à l'importation,
subventions à l'exportation) qui conditionnent le
maintien du prix d'intervention.
- Les subventions de
marketing loan, au contraire, ont un effet
perturbateur direct sur les marchés. Elles faussent
la concurrence à l'exportation et découragent les
importations en maintenant un prix artificiellement
bas.
- Une autre différence entre les
deux instruments est leur effet sur la stabilité
des prix mondiaux. Le système d'intervention
communautaire, basé sur un mécanisme de stockage/déstockage
des récoltes, peut contribuer à la
stabilisation des prix mondiaux (surtout dans un
contexte de réduction croissante des
subventions à l'exportation). Le marketing loan,
quant à lui, a systématiquement un effet déstabilisateur.
- Les règles actuelles sur le
soutien interne non exempté à l'OMC sont inadaptées
et pénalisent indûment l'Union européenne. En
effet, pour le prix d'intervention, la contrainte de
réduction du soutien interne non exempté (via
le rapprochement du prix d'intervention et des prix
mondiaux) est redondante car elle est déjà prise
en compte par les engagements de réduction des
mesures aux frontières. Ce double comptage n'existe
pas pour les aides de marketing loan, qui ne sont
pas soumises à discipline au titre des protections
à l'importation et des subventions à
l'exportation.
- En conséquence, la contrainte
de réduction du soutien interne non exempté ne
doit pas concerner le prix d'intervention
communautaire mais doit s'appliquer uniquement aux
productions dont le soutien interne non exempté est
fourni sous la forme d'aides directes, comme le
marketing loan. Le marketing loan doit donc être
assujetti à des disciplines spécifiques.
· Les aides directes américaines autres que le marketing loan
sont généralement considérées comme moins distorsives (d'où leur
classification dans la boîte verte) que les aides communautaires.
Or cet conception est erronée (annexe
8).
- Les paiements directs américains
ont un effet sensible sur les marchés : ils
favorisent le maintien des agriculteurs, réduisent
les risques de production et de prix, stimulent les
investissements et créent un " effet d'attente
" qui retarde l'ajustement de l'offre et de la
demande. Ces facteurs sont accentués
par les modalités particulières du FAIR Act
concernant le calcul et le versement des aides.
- Contrairement aux paiements
directs américains, les aides à l'hectare
communautaires sont subordonnées à la jachère, ce
qui diminue leur impact distorsif. L'Union européenne
a ainsi puissamment contribué, ces dernières
années, à la régulation des marchés, alors que
les politiques agricoles de nos concurrents ont causé
et entretenu la crise.
- En conséquence, le découplage
des aides directes américaines doit être contesté
dans les négociations. Cela est particulièrement
vrai pour les paiements d'urgence qui, depuis trois
ans, ont compensé la baisse des prix de marché.
Ces paiements doivent impérativement être soumis
à desengagements de réduction à l'OMC.
- En fait, les paiements d'urgence
contre la baisse des prix étant basés sur les
" paiements de contrats de flexibilité de
production " du FAIR Act, les aides directes américaines
censément découplées peuvent être considérées,
dans leur ensemble, comme un seul paiement variable
selon les prix de marché. Dans cette optique, c'est
l'ensemble de ces aides qui devrait être soumis à
réduction à l'OMC.
- Il n'y a en revanche aucune raison de
revenir sur l'exemption de réduction actuellement
accordée aux aides communautaires. Les
règles multilatérales doivent, au contraire, être
revues pour valoriser la régulation pratiquée
par l'Europe.
· Les aides à l'assurance récolte et à l'assurance revenu
sont clairement couplées à la production et aux prix de marché.
Il faut revoir la clause " de minimis " qui permet de
les exempter de réduction (annexe
9).
- Les programmes d'assurance récolte
et d'assurance revenu sont devenus, ces dernières années,
un pilier du système de soutien aux grandes
cultures aux Etats-Unis. Le budget qui leur est
consacré est en forte augmentation.
- Aujourd'hui, les Américains déclarent
ces aides dans la boîte orange à l'OMC, mais elles
sont notifiées comme " soutien autre que
par produit ". Cela minimise leur importance réelle
et rend possible leur exemption de réduction au
titre de la clause de minimis.
- Une modification de la méthode de
notification des programmes d'assurance et des
conditions d'application de la clause de minimis
s'impose pour éviter que ces instruments échappent
à toute contrainte par un simple artifice de
procédure.
· De manière générale, les disciplines mises
en œuvre à l'OMC doivent refléter le pouvoir réel
de distorsion des différents instruments de
soutien. Cela est nécessaire, à la fois pour améliorer
le fonctionnement des marchés et faire en sorte que
la PAC soit traitée de manière équitable à
l'OMC.
- Dans cette perspective, les critères
actuels d'exemption des aides doivent être réexaminés.
Il faut notamment se demander si certains pays
ne font pas un usage abusif de la boîte verte et si
cet usage est compatible avec la réduction des
distorsions de marché, objectif affiché des négociations
commerciales.
- Toute aide interne liée à l'évolution
des prix de marché au cours d'une campagne est
particulièrement nocive et doit faire l'objet
d'engagements de réduction. Deux tiers des aides directes
versées aux farmers (subventions de marketing loan
et paiements d'urgence contre la baisse des prix) étaient
liées aux prix de campagne en 1999/00, alors que
les aides à l'hectare communautaire sont complètement
indépendantes des cours. En outre, les agriculteurs
européens ne bénéficient pas de programmes
d'assurance revenu permettant de lisser les fluctuations
de prix.
Conclusion
L'AGPB et l'AGPM rappellent la nécessité de:
·Prendre en compte le degré réel de distorsion de
chaque mesure de politique agricole.
· D'accroître la cohérence des disciplines OMC
entre les trois volets accès aux marchés/
concurrence à l'exportation/ soutien interne.
L'application de ces principes devrait permettre d'éviter
une iniquité de traitement de la PAC dans les négociations
en cours et de favoriser la réduction réelle et équilibrée
des distorsions dans les échanges agricoles.
[AGPB et AGPM - 14 novembre 2000]
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