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OMC
Les négociations agricoles à l'OMC : les positions exprimées à Genève les 29-30 juin 2000 et commentaires |
Le processus de négociations dans le secteur
agricole a été lancé officiellement en mars 2000
lors de la première réunion spéciale du Comité
sur l'Agriculture.
Une deuxième réunion a eu lieu les 29 et 30 juin
derniers à Genève.
L'Union européenne, les Etats-Unis et le Groupe de
Cairns ont fait des propositions :
· L'Union européenne a présenté
trois documents :
- la défense de la boîte bleue
- le bien-être des animaux
- la qualité alimentaire et la protection des
appellations contrôlées et des dénominations
reconnues
· Les Etats-Unis ont
présenté un document avec une approche globale et
reprenant l'ensemble des volets de l'actuel accord
agricole.
· Le Groupe de Cairns
demande une élimination rapide des subventions à
l'exportation.
En outre, une coalition de
onze pays en développement dont le Pakistan,
le Sri Lanka, le Kenya, le Zimbabwe, Cuba et
Honduras, accuse les
Etats-Unis et l'Union européenne d'ériger de
nouvelles barrières contre les produits agricoles
des Nations les plus pauvres, en dépit et même
à l'aide des engagements pris à l'issue de
l'Uruguay round."Les obstacles à l'importation
dans les pays développés ont augmenté plutôt que
de diminuer, en particulier pour des produits
sensibles. Par contre, les pays en développement
qui ne fournissent traditionnellement pas de
subventions n'ont pas été autorisés à le
faire" souligne la coalition.
I. Analyse des
propositions
L'Union européenne
· La boîte bleue et les autres mesures de
soutien à l'Agriculture
Dans un premier temps, l'Union européenne rappelle
que son objectif à long terme reste une diminution
substantielle du soutien à l'Agriculture (boîte
orange).
Ensuite, elle analyse les différentes formes de
soutien et démontre l'intérêt qu'il y a à
maintenir la boîte bleue :
- la boîte bleue est un outil précieux dans le
processus de réforme des politiques agricoles.
L'expérience de l'Union européenne est à ce titre
exemplaire.
- une évaluation des effets distorsifs des différentes
mesures de soutien, faite par l'OCDE, indique que
les paiements à la surface apparaissent plus
efficients en termes de revenu et provoquent moins
de distorsions de concurrence que les autres types
de soutien.
· La qualité alimentaire
Dans son papier, l'Union européenne est à la
recherche à la fois d'un accès plus large au marché
et d'une protection pour la spécificité de la
qualité alimentaire, concept qui se réfère aux
produits présentant des caractéristiques spécifiques
et identifiables, telles qu'un savoir-faire
traditionnel, une origine géographique, etc.
L'Union se défend de vouloir ériger de nouvelles
barrières commerciales. "Bien au contraire,
souligne-t-elle la préservation de la spécificité
alimentaire est destinée à ouvrir les marchés en
proposant de traiter l'obstacle majeur au développement
des opportunités commerciales que constituent les
pertes économiques engendrées par l'usurpation et
la tromperie des consommateurs".
La protection suggérée implique :
- des garde-fous effectifs contre l'usurpation de
l'appellation des aliments et des boissons.
- un accès au marché effectif, assurant que les
produits pouvant utiliser une certaine dénomination
ne pourront plus être empêchés de l'utiliser sur
le marché de destination.
- la réglementation de l'étiquetage de plus en
plus importante pour différencier les produits,
informer les consommateurs et préserver une
concurrence équitable.
· Le bien-être des animaux
L'Union européenne rappelle que les consommateurs
et les producteurs sont de plus en plus conscients
des effets que les techniques d'élevage et
d'agriculture peuvent avoir sur les animaux, sur
leur santé et leur bien-être, ainsi que sur
l'environnement. Le premier objectif de ce document
est de lancer la discussion, sans pour autant
introduire un nouveau type de barrières non
tarifaires.
Trois options non exclusives sont suggérées pour
trouver "un terrain d'entente sur cette
question importante et complexe" :
1) l'élaboration d'accords multilatéraux traitant
de la protection du bien-être des animaux qui
permettraient de clarifier la relation entre les règles
de l'OMC et les mesures commerciales prises au titre
des dispositions contenues dans les accords multilatéraux
sur le bien-être des animaux
2) l'étiquetage, volontaire ou obligatoire, tel que
prévu à l'article 2.2. de l'Accord sur les
obstacles au commerce, avec une référence aux
conditions de production.
3) la légitimation des compensations destinées à
contribuer aux coûts additionnels ayant un l lien direct et clairement démontrable
avec le respect de normes plus élevées. De telles compensations auraient
bien entendu "des effets nuls ou tout au plus minimaux sur le commerce
et la production".
Les Etats-Unis
Ils souhaitent une négociation rapide avec un
accord fin 2002 et l'adoption des principales
modalités dès 2001.
En préliminaires, les Américains rappellent leur
volonté de libéraliser l'Agriculture pour
permettre aux agriculteurs de mieux saisir toutes
les opportunités des marchés mondiaux.
1) Le soutien interne
Les Etats-Unis font une proposition en deux points :
- Une nouvelle organisation des soutiens en deux catégories
(au lieu des trois boîtes existantes) :
- les soutiens distorsifs (boîte orange et boîte
bleue) qui devront être soumis à une
diminution drastique
- les soutiens non distorsifs qui
regrouperaient plus ou moins les soutiens de
la boîte verte (assurance revenu, filet de
sécurité, environnement, développement,
recherche pour les nouvelles technologies
…) qui seraient exemptés de réduction
- Un plafond applicable au soutien distorsif
exprimé en pourcentage de la valeur de la
production agricole.
A la fin de la période couvrant l'accord,
l'ensemble des pays membres devrait avoir atteint le
même niveau de soutien calculé en pourcentage de
la production agricole nationale. Ce pourcentage
pourrait être de 10 %.
2) L'accès aux marchés
- Elimination ou diminution substantielle des
tarifs, et notamment des pics tarifaires
- Elimination de la clause de sauvegarde
- Augmentation substantielle des quotas
- Amélioration des disciplines de gestion des
quotas
- Entreprises d'Etat :
- éliminer les droits d'importation exclusifs
- établir des règles pour améliorer la
transparence des transactions des
entreprises d'Etat
- Les nouvelles technologies : adopter des
disciplines pour améliorer transparence dans le
commerce de produits issus des nouvelles
technologies
3) Les subventions à l'exportation
- Eliminer les subventions à l'exportation
- Supprimer les taxes à l'exportation
- Les entreprises d'Etat :
- Supprimer le monopole à l'exportation
- Améliorer la transparence
- Interdire les garanties gouvernementales
- Les crédits à l'exportation seront traités
dans le cadre de l'OCDE comme actuellement !
Les Etats-Unis proposent en outre l'adoption d'un
programme spécifique pour les pays les moins développés.
Ils proposent notamment de créer des critères spécifiques
pour exempter de réduction les mesures de soutien
qui ont comme objectif le développement et la sécurité
alimentaire.
Dans le même sens, les Américains ont fait une
proposition sur la sécurité alimentaire.
Le choix de la libéralisation n'implique pas pour
les pays en développement une amélioration de la sécurité
alimentaire.
En conséquence, ils proposent de :
- renouveler l'accord sur l'aide alimentaire
- établir des systèmes de suivi des exportations
pour les céréales et les oléagineux
Présentée comme une préoccupation à l'égard des
pays en développement cette proposition vise
essentiellement à pérenniser l'aide alimentaire américaine
telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui.
Le Groupe de Cairns
Le Groupe de Cairns a clarifié sa proposition
concernant l'élimination des subventions à
l'exportation :
· L'élimination des
subventions devrait être réalisée avant la fin
2004 (date à laquelle la clause de paix ne
s'appliquera plus. Les subventions à l'exportation
seront susceptibles d'être attaquées auprès de
l'Organe de règlement des différends).
· Le processus d'élimination devrait commercer dès
2001 pour les pays industrialisés, avec
une baisse de 50 % des subventions (volume et
valeur).
· Les crédits et garanties
à l'exportation seront soumis à des
contraintes (moins drastiques) pour éviter le
contournement de l'élimination des subventions à
l'exportation. Les marketing
loans ne sont pas mentionnés.
· Un traitement spécial et différencié serait
mis en place pour les pays en développement.
II. Commentaires
1. L'Union européenne est une fois de plus isolée
:
- Les trois thèmes qu'elle
a choisi de présenter répondent uniquement à des
préoccupations européennes et en ce sens ils ne
sont pas rassembleurs. Aucun autre pays ou
groupe de pays ne peut s'y retrouver. Pire au moins
deux de ces thèmes (la qualité alimentaire et le
bien-être des animaux) apparaissent comme des
tentatives de protection du marché européen.
En résumé, l'Union européenne donne l'impression
d'appeler à la pérennisation des subventions liées
aux exigences non commerciales de la société européenne
(bien-être des animaux, qualité des aliments) et
des aides directes qui permettent à l'Union de préserver,
réforme après réforme, les soutiens les plus
lourds de conséquences pour ses partenaires. Une
orientation qui heurte de plein fouet les appels
"anti-subventions" lancés en même temps
par "les 18 de Cairns" alors que 11 pays
en développement dénonçaient presque au même
moment ce privilège des grandes puissances
agricoles.
- L'Union européenne n'a
rien proposé de spécifique pour les pays en développement,
à l'inverse des Etats-Unis et du Groupe de Cairns.
Or l'Union européenne est de loin la plus impliquée
financièrement dans des actions de coopération et
de développement avec ces pays . La récente
signature des nouveaux accords du type Lomé avec 77
pays ACP prévoyant un budget de 14 milliards
d'euros sur cinq ans en est un exemple. L'Union
européenne n'a pas su trouver en ces pays des alliés.
A noter dans ce sens que le Sénégal s'apprêterait
à rallier le Groupe de Cairns
2. Les subventions à l'exportation
Le Groupe de Cairns et les Etats-Unis en demandent
l'élimination.
A noter que le Groupe de
Cairns est le plus virulent et le plus précis.
Toutefois, ses
revendications ne concernent pas les marketing loans
qui ne sont donc pas considérés comme une aide à
l'exportation.
De plus, s'il demande de mettre des disciplines sur
les crédits et les garanties à l'export, il
ne parle en aucun cas d'un traitement identique à
celui réservé aux restitutions européennes.
Il n'est pas fait mention non plus d'une utilisation
abusive de l'aide alimentaire permettant de
contourner les disciplines à l'exportation telle
qu'elle est pratiquée par les Américains.
En résumé, l'offensive du Groupe de Cairns est
clairement et exclusivement dirigée contre les restitutions européennes.
La proposition américaine quant à elle,
rappelle bien que :
- les crédits à l'exportation sont traités à
l'OCDE et que c'est très bien comme çaque l'aide
alimentaire doit continuer à être reconnue pour
permettre d'assurer la sécurité alimentaire des
pays en développement. Il n'est donc pas question
d'en revoir les modalités.
- sur les entreprises d'Etat (dont la plupart sont
dans les pays du Groupe de Cairns), les Américains
sont remarquablement conciliants. Contrairement à
ce qu'ils avaient indiqué ils ne demandent pas la
suppression des entreprises d'Etat. Il se contentent
de réclamer l'élimination des monopoles à
l'exportation et à l'importation et plus de
transparence dans les transactions.
Y aurait-il un deal entreprises d'Etat/marketing loan
entre les Etats-Unis et le Groupe de Cairns sur le volet subventions à
l'exportation ?
3. Le soutien interne
La proposition américaine est très astucieuse et
très dangereuse pour l'Union européenne :
- Elle rallie les suffrages du Groupe de Cairns et
des pays en développement dans la mesure où elle
prend en compte le niveau du soutien par rapport à
la production agricole.
Les pays qui soutiennent le plus leur agriculture
comme l'Union européenne, sont donc les plus pénalisés.
Rappelons que le soutien comptabilisé ici est celui
des boîtes orange et bleue et que les aides
directes américaines sont aujourd'hui en boîte
verte.
- Si le point de départ pour appliquer la
diminution est différent, le point d'arrivée en
pourcentage de production agricole sera le même
pour tous et l'effort portera plus sur ceux qui
avaient initialement un niveau de soutien élevé
(l'Union européenne).
Si le point d'arrivée était par exemple 10 % de la
production agricole (chiffre qui circule beaucoup),
que constate-t-on ? La production américaine
agricole est de l'ordre de 200 milliards de dollars.
Le niveau de l'AMS (mesure de soutien global) actuel
est de 20 milliards, soit 10 %. Les Etats-Unis
n'auraient donc pas de contraintes supplémentaires
à supporter. L'explication est simple : la
production agricole américaine englobe pour près
des 2/3 des productions non subventionnées.
A l 'inverse l'AMS de l'Union européenne représente
plus de 20% de sa production agricole.
- Dans le cadre de cette proposition, la boîte
bleue disparaît et les mesures qui y étaient
comptabilisées sont automatiquement transférées
dans la "boîte soutiens distorsifs" et
seront donc soumises aux mêmes contraintes que les
mesures qui sont actuellement dans la boîte orange.
Toute notion concernant l'intérêt d'une gestion de
l'offre est gommée.
[AGPB - 10 juillet 2000]
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