

| Economie céréalière Impact
économique de la non-autorisation des OGM sur les importations d'aliments
du bétail et sur la production animale dans l'UE | En
ces temps de débats très troubles sur les OGM en France, il est
intéressant de prendre connaissance d'une étude de la Commission
européenne sur l'impact des autorisations " asynchrones " de
cultures OGM de maïs et de soja dans les pays exportateurs et dans l'U.E.
IL s'agit d'autorisations accordées aux Etats-Unis, au Brésil et
en Argentine mais point dans l'Union européenne (U.E.) avant qu'un délai
supplémentaire -de plus de 15 mois actuellement- ne soit écoulé.Cette
étude a été finalisée l'été dernier
par la Direction " Analyses Economiques " de la DG Agri. Compte tenu
de la durée de sa réalisation, il convient de préciser qu'elle
ne prend pas en compte les éléments récents relatifs aux
autorisations d'importation d'OGM en Europe, ni les bilans grains de 2006/2007,
ni la montée des prix depuis le début de 2007. Vous pouvez
en trouver en cliquant ICI
le texte intégral dans une traduction en français réalisée
par les services de l'AGPB. La version originale officielle en anglais est disponible
sur le site de la Commission européenne à l'adresse suivante :
http://ec.europa.eu/agriculture/envir/gmo/economic_impactGMOs_en.pdf
En synthèse, les conclusions de l'étude
sont les suivantes : 1) Vu les énormes différences
de délais d'autorisation d'OGM entre l'Europe et ses fournisseurs, il va
y avoir de plus en plus de variétés de maïs et de soja OGM
faisant l'objet d'autorisations " asynchrones ". 2) Ce phénomène
va s'aggraver, pour plusieurs raisons : arrivée de nouvelles variétés
OGM, ralentissement des procédures dans l'UE, accélération
des autorisations en Argentine et au Brésil, ces deux derniers pays devant
devenir de moins en moins dépendantes du débouché U.E. au
fur et à mesure de la montée en puissance d'autres pays importateurs,
comme la Chine. 3) Le blocage des importations qui va en découler
pour l'Europe sera d'autant plus large que les contrôles de l'U.E. vont
se faire plus pointilleux, que la présence involontaire d'OGM dans les
lots non-OGM d'Argentine et du Brésil va se multiplier et que les importateurs
vont hésiter à prendre des risques. 4) Pour ce qui concerne
le maïs, le corn gluten feed et les drêches, l'impact du blocage restera
limité à certains pays (Irlande, Espagne), car les importations
ne représentent que quelques millions de tonnes et sont substituables par
des céréales européennes. 5) Pour le soja et les tourteaux
de soja, la menace est beaucoup plus grave. Les importations sont très
importantes (35 Mt), elles représentent beaucoup plus que la production
européenne de tourteaux d'oléagineux (12 Mt), elles proviennent
en totalité de pays OGM (Amériques), et elles ne sont substituables
que pour 10 à 20% par des produits européens. 6) Les conséquences
du blocage des importations de soja/tourteaux de soja sur le prix de l'alimentation
animale, sur les secteurs de l'élevage-viande, et, finalement, sur les
prix et la consommation de viande risquent d'être drastiques en Europe. Dans
un scénario de blocage des importations en provenance des Etats-Unis, d'Argentine
et du Brésil, la consommation de tourteaux baisserait de 50%, les dépenses
d'alimentation animale seraient 7 fois supérieures et les prix de toutes
les viandes seraient en forte hausse. Par ailleurs :
- la production
de viande de porc baisserait de 35%, la consommation de 20% et l'UE deviendrait
importatrice nette; - la production de viande de volaille baisserait de 44%,
la consommation de 25% et l'UE deviendrait importatrice nette ; - la production
de viande bovine resterait stable, la consommation augmentant de 25% et l'UE devenant
importatrice nette.
COMMENTAIRE :
L'étude
montre donc qu'il y aurait un véritable effondrement des secteurs porcin
et avicole en Europe au profit d'une importation massive de viande en provenance
de pays où les animaux sont nourris à base d'OGM. L'importation
de viande d'animaux nourris avec des aliments OGM n'est en effet pas réglementée.
En clair, on assisterait à un effondrement de la compétitivité
et à une véritable délocalisation de l'élevage européen
de viande blanche vers l'Argentine et le Brésil. Il y aurait parallèlement
diminution générale des revenus agricoles et une contraction drastique
des débouchés des céréales européennes.
Inacceptable, cette évolution est pourtant probable s'il n'y a pas
de changement de contexte réglementaire. En la matière, l'Europe
n'imposera pas ses normes OGM au reste du monde. Comme pour toutes les distorsions
de concurrence dues, dans quelque secteur que ce soit, à des raisons "
sociétales " (normes sociales, normes environnementales), il n'y a
que deux voies de sortie : -soit convaincre l'Europe d'adopter un système
d'autorisation d'OGM (importation et culture) plus souple et, surtout, plus rapide.
Cela semble difficile pour l'instant,vu l'état des opinions publiques. -soit
pousser la logique restrictive jusqu'au bout si l'on pose comme principe que l'utilisation
d'OGM est incompatible avec la préservation de l'environnement. La cohérence
voudrait qu'interdits en Europe, les OGM soient également considérés
par les européens comme nuisibles à l'environnement des Amériques
et que les viandes des animaux qu'ils nourrissent outre-Atlantique soient taxées
aux frontières de l'U.E. Le différentiel de coûts du .aux
OGM serait ainsi compensé. Malheureusement, la " taxation environnementale
", tout comme celle du " dumping social ", est encore loin encore
d'être pratiquée et praticable dans le commerce international.
Un intéressant sujet de débat en perspective…
[AGPB
- 10/01/08]
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